Partenaires

IKER UMR 5478
CNRS
Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3 Université de Pau et des Pays de l'Adour


Rechercher

Sur ce site


Accueil du site > Bases de données > NORANTZ > Contact de langues et variation typologique

Contact de langues et variation typologique

 Objectifs

Le but du projet NORANTZ est de mettre en place un observatoire des évolutions des usages linguistiques des bascophones actuels dans les Pyrénées-Atlantiques, et de développer, en ce qui concerne la langue basque, un outillage d’observation et d’analyse des phénomènes de changements linguistiques en situation de contacts de langues, plus précisément dans le contexte d’un environnement anciennement diglossique, où le basque est devenu au cours du XXè siècle une langue minoritaire sur la plus grande partie des territoires historiquement bascophones.

A l’égard des responsables de la politique d’aménagement linguistique, il s’agit ainsi de créer une infrastructure d’expertise linguistique susceptible d’aider les acteurs de cette action à orienter leurs efforts.

L’observatoire se présente comme une base de données créée par des linguistes et des informaticiens et permettant de recueillir les informations relatives aux divers parlers, afin, d’une part, de réaliser des recherches linguistiques de nature théorique (dans le domaine notamment de la linguistique du contact des langues), d’autre part, d’éclairer les responsables de l’action linguistique en faveur du basque des évolutions en cours (notamment dans le domaine de l’enseignement). Ce type d’infrastructure est notamment utile dans une perspective dynamique, et le projet par conséquent devrait permettre de formuler des propositions en vue de pérenniser l’instrument sous une forme adéquate, en fonction précisément des informations et des évaluations qui auront été recueillies et réalisées durant la phase de mise en place.

 Hypothèse de départ

Durant les dernières décennies le basque a évolué dans un environnement sociolinguistique nouveau, avec en particulier une situation très inquiétante du point de vue de la transmission et de l’emploi dans la vie sociale d’Iparralde. Il y n’y a guère de doute, par ailleurs, que les perspectives d’évolution pour les décennies prochaines conserveront la même orientation, et que c’est dans ce contexte par conséquent qu’il convient d’envisager la continuité de la langue basque de ce côté-ci de la frontière. Mais quelles sont, et quelles seront, les conséquences de cet état de choses sur la grammaire des locuteurs ? Si on n’imagine guère que cela puisse être sans conséquences, il n’est pas aisé d’imaginer concrètement les effets d’un tel contexte sur la langue. C’est précisément, ces effets que le projet NORANTZ à l’ambition de rendre observables.

 Méthodologie

Pour avoir connaissance des usages grammaticaux des locuteurs et de leur évolution, il convient de prendre en compte les principaux profils sociolinguistiques. Les éléments majeurs de ces profils dans le contexte du Pays Basque sont l’âge, le lieu d’habitation (la présence de la langue basque dans l’agglomération Bayonne-Anglet-Biarritz, et dans les autres villes ou les zones rurales étant d’une intensité très différente), et la place du basque dans le cursus scolaire (et notamment une scolarisation incluant ou non un système d’immersion). Ainsi, la base de données NORANTZ a été établie à partir des données fournies par 59 locuteurs informateurs, répartis en 8 sous-ensembles, correspondants au croisement de ces différents critères. Ces locuteurs n’ont pas été choisis en fonction d’une ‘bonne’ connaissance du basque et les professionnels de la langue, comme en particulier les enseignants de basque, n’ont pas été inclus parmi les personnes interrogées. En effet, les choix ont porté sur des locuteurs ordinaires, répondant aux critères sociolinguistiques indiqués ci-dessus, et en veillant à inclure divers types d’expérience relativement à l’acquisition et à la pratique de la langue basque (y compris des bascophones tardifs, des bascophones ayant récupéré la langue après un long moment passé hors du Pays Basque, des bascophones ayant acquis le basque uniquement dans le cadre scolaire, etc…). Le tableau ci-dessous indique les divers sous-ensembles (marqués par une croix) :

Tableau des locuteurs informateurs
âge Ville (BAB) petites villes & campagne
+immersion scol. -immersion scol. +immersion scol. -immersion scol.
70 - 8 - 7
40-60 - 5 - 7
-35 8 2 11 11

La base de données ayant pour objet d’observer par la comparaison les éléments de variation dans la grammaire des locuteurs, des modes d’élicitation identiques ont été utilisées pour toutes les personnes interrogées. Les réponses ont été recueillies au cours d’entretiens individuels, les réponses étant enregistrées.

Le questionnaire couvre les principaux chapitres de la grammaire basque, chaque question visant à établir un point particulier (spécifié dans la définition de la question). La partie morphosyntaxique comprend 568 questions, et la partie phonologique 178. Le tableau présente la structure thématique du questionnaire qui couvre l’essentiel de la grammaire du basque :

A. MORPHOLOGIE NOMINALE
A.1. Suffixe casuels 74 questions
A.2. Démonstratifs 7 questions
B. MORPHOLOGIE VERBALE
B.1. Troisièmes personnes 56 questions
B.2. Formes d’interlocution (1èere et 2ème personnes) 32 questions
B.3. Potentiel 29 questions
B.4. Conditionnel hypothétique et irréel 18 questions
B.5. Formes synthétiques 5 questions
B.6. Marques aspectuelles 8 questions
B.7. Formes allocutives 11 questions
C. SYNTAXE
C.1. (Non-)réalisation des pronoms personnels 54 questions
C.2. (Non-)réalisation du déterminant 17 questions
C.3. Expression du degré 7 questions
C.4. Accord numéral des verbes avec les quantificateurs 20 questions
C.5. Ditsributifs 4 questions
C.6. Focalisation 16 questions
C.7. Phrases interrogatives 11 questions
C.8. Phrases exclamatives 4 questions
C.9. Accord numéral du verbe (longue distance) 8 questions
C.10. Phrases subordonnées 173 questions
C.11. Phrases impersonnelles 9 questions
D. MORPHO-PHONOLOGIE 5 questions
F. PRONOCIATION
F.1. Emprunts français > réalisation des phonèmes non existant en basque 79 questions
F.2. Oppositions phonologiques que le contact du français pourrait faire perdre 99 questions

Le mode d’élicitation utilisé a été la traduction. Cette méthode, qui est ancienne dans les travaux linguistiques basés sur des locuteurs bilingues, est la seule qui permette d’obtenir autant de données (plusieurs centaines) chez autant de locuteurs (plusieurs dizaines) en un espace de temps si court (une quinzaine de mois pour les enquêtes elles-mêmes). Elle n’est pas, on le devine, sans inconvénients, et exige, de la part des informateurs comme des linguistes enquêteurs, une grande souplesse et beaucoup, beaucoup, de patience. Les résultats doivent toujours être analysés en tenant compte du mode d’élicitation, étant bien entendu que, selon les thèmes, les effets liés à la méthode sont plus ou moins importants, le cas extrême étant celui des relatives. En effet, en raison du mode de relativation du basque, où le contexte joue un rôle très important hors des échelons de base de l’échelle de relativation, la méthode de la traduction est difficilement utilisable dans les degrés supérieurs. La morphologie verbale constitue un autre domaine où la méthode d’élicitation peut paraître a priori inadaptée, mais les résultats obtenus dans NORANTZ montrent que les locuteurs intègrent les éléments d’origine syntaxique (accord personnel notamment) intervenant dans les formes verbales fléchies et s’efforcent de les intégrer dans la morphosyntaxe de leur grammaire basque (avec plus ou moins de difficultés ou de succès, mais en produisant presque toujours une réponse, comme on peut l’entendre dans la base de données).

Nous pensons que la base de données NORANTZ offre une représentation globalement fidèle des usages et de la compétence grammaticale des locuteurs bascophones ordinaires du Pays Basque Nord, dans leur diversité en ce début de siècle. Nous espérons que d’ici quelques années une nouvelle enquête réalisée dans des conditions similaires permettra de voir comment ils évoluent, certaines tendances déjà clairement observables chez les locuteurs les plus jeunes étant d’ores et déjà tracées (affaiblissement des emplois du subjonctif, influence de la morphologie du basque standard et du basque sociologiquement dominant, etc.)

 Pour en savoir plus

Accès à la base de données : http://www.norantz.org

Mots-clés

linguistique, NORANTZ, programme de recherche